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Rilmazafone (リスミー) : la benzodiazépine qui n'en est officiellement pas une

Le rilmazafone est un somnifère vendu au Japon sous le nom de Rhythmy (リスミー). Sa particularité est chimique et elle a des conséquences très concrètes : la molécule que l'on avale n'est pas une benzodiazépine — il lui manque le cycle caractéristique — mais l'intestin la referme et la transforme en benzodiazépine active. Le cerveau reçoit donc bien une benzodiazépine, avec la tolérance, la dépendance et le sevrage qui vont avec. Les listes de substances contrôlées, elles, classent des noms de molécules : elles regardent ce qu'il y a dans la boîte, pas ce qui circule dans le sang après digestion. Le rilmazafone passe entre les mailles — au Japon comme en France. Cette page explique le mécanisme, documente la faille, et surtout dit ce qu'elle change pour quelqu'un qui se retrouve en sevrage.

Important — à lire. Cette page est informative. Elle n'est ni une incitation à se procurer cette substance, ni un mode d'emploi : ne pas être sur une liste de stupéfiants ne veut pas dire être sûr, ni être légal à la vente. Le rilmazafone n'a aucune autorisation de mise sur le marché en France, et quatre décès lui ont été attribués en Suède. Si vous en prenez, n'arrêtez pas brutalement : le sevrage d'une benzodiazépine peut provoquer des convulsions. Parlez-en à un médecin en lui montrant cette page. En cas de détresse : 15 (SAMU) ou 3114 (prévention du suicide), 24 h/24, gratuits.

Une benzodiazépine à cycle ouvert

Le rilmazafone a été développé au Japon par Shionogi sous le code de laboratoire 450191-S. Les publications de ses propres concepteurs, en 1986, ne cachent rien de sa conception : elles le décrivent dans leur titre comme « a ring-opened derivative of 1,4-benzodiazepine » — un dérivé de 1,4-benzodiazépine à cycle ouvert. Autrement dit, on est parti d'une benzodiazépine et on a ouvert son cycle.

Cette molécule ouverte est inactive. Elle ne se fixe pas sur le récepteur GABA-A, celui par lequel agissent toutes les benzodiazépines, et ne produit aucun effet psychoactif tant qu'elle n'est pas métabolisée. C'est en traversant la paroi de l'intestin grêle que des enzymes — les aminopeptidases intestinales — la découpent. Le fragment obtenu se referme alors spontanément sur lui-même : le cycle se reforme, et une véritable benzodiazépine apparaît, le rilmazolam, apparenté aux triazolobenzodiazépines comme l'alprazolam. Plusieurs autres métabolites actifs suivent.

Cette conception n'était pas une ruse à l'origine : une prodrogue soluble dans l'eau, activée à l'entrée du corps, permet un délai d'action régulier et évite l'accumulation observée avec les anciens somnifères à très longue durée de vie. C'est de la pharmacologie tout à fait classique. Le problème n'est pas la molécule, il est dans la manière dont le droit la regarde.

Ce que dit sa propre notice japonaise

Il n'y a aucune ambiguïté du côté du fabricant. La notice officielle japonaise de Rhythmy indique que l'usage prolongé peut provoquer une pharmacodépendance (「連用により薬物依存を生じることがある」), et qu'une réduction rapide ou un arrêt du traitement peut faire apparaître un syndrome de sevrage comportant convulsions, insomnie, anxiété, hallucinations et idées délirantes.

C'est mot pour mot le profil d'une benzodiazépine. La littérature clinique japonaise ne s'y trompe pas non plus : elle range couramment リスミー parmi les somnifères benzodiazépiniques. Au chevet du patient, c'est une benzodiazépine. Sur le papier réglementaire, non.

La faille, juridiction par juridiction

Le tableau ci-dessous ne repose pas sur des synthèses de seconde main : chaque ligne a été vérifiée dans le texte officiel correspondant, cité en fin de page.

PaysStatut du rilmazafoneStatut des benzodiazépines comparables
JaponMédicament sur ordonnance, catégorie « médicament à potentiel d'accoutumance » (習慣性医薬品). Pas classé 向精神薬 (psychotrope réglementé).Triazolam, brotizolam, flunitrazépam : psychotropes de 3e catégorie, avec les obligations de traçabilité correspondantes.
FranceAbsent des deux listes consolidées de l'ANSM (stupéfiants et psychotropes), version du 16 février 2026. Aucune autorisation de mise sur le marché.La liste des psychotropes nomme 67 molécules en -zépam ou -zolam, y compris 13 « designer benzos » (bromazolam, clonazolam, flualprazolam, flubromazolam, diclazépam, pyrazolam…).
SuèdeClassé stupéfiant — rilmazafone et rilmazolam — par une procédure d'urgence adoptée le 19 juillet 2024, après quatre décès.Classées.
États-UnisNon classé (état documenté en 2017 et confirmé en 2023).Annexe IV — ce qui, on le verra, est précisément le problème.
Nouvelle-ZélandeNon classé comme stupéfiant. Le comité de classification a explicitement conclu en 2017 que cela « ne justifierait pas » un classement.Médicaments sur ordonnance et drogues contrôlées de classe C5.

Le point remarquable est la France. Notre liste des psychotropes est loin d'être passive face aux benzodiazépines de synthèse : elle a été enrichie à plusieurs reprises et nomme aujourd'hui, une par une, des molécules aussi confidentielles que le gidazépam, le fonazépam ou le deschloroétizolam. L'administration suit donc bien ce marché. Mais elle le suit molécule par molécule — et une prodrogue à cycle ouvert n'est, littéralement, aucune de ces molécules. Ni le rilmazafone ni son métabolite actif le rilmazolam n'y figurent.

Pourquoi les nomenclatures ne l'attrapent pas

Trois façons différentes d'écrire le droit, trois résultats différents.

Un régulateur avait vu la faille très tôt. En 2017, ce sont les douanes néo-zélandaises qui ont saisi l'agence du médicament d'une question simple : faut-il restreindre l'importation de cette substance ? Le document officiel qui en est sorti pose le problème en une phrase — les benzodiazépines sont contrôlées, « however, rilmazafone is itself not a benzodiazepine » — et décrit sans détour la conséquence pratique à la frontière : comme la substance n'est pas classée, « l'importateur peut affirmer qu'il l'importe pour un usage thérapeutique personnel ». Le comité a conclu qu'un classement en drogue contrôlée ne se justifiait pas.

Cinq ans plus tard, l'Institut suédois de médecine légale attribuait quatre décès à cette substance, survenus en 2022 et 2023. Dans deux des cas décrits dans la littérature, les colis étaient étiquetés sous un autre nom — celui d'une molécule sans rapport. L'agence suédoise du médicament a alors demandé et obtenu, en urgence, le classement du rilmazafone et du rilmazolam comme stupéfiants. Le motif officiellement notifié à la Commission européenne mentionne noir sur blanc que la substance « est disponible à l'achat dans plusieurs points de vente en ligne pour les utilisateurs récréatifs ».

Alors oui, l'absence de classement facilite la circulation — et c'est documenté par les autorités elles-mêmes. Une substance non classée ne peut pas être saisie sur le fondement de la législation sur les stupéfiants ; elle ne déclenche pas d'alerte automatique ; et l'intention de celui qui l'importe est, de l'aveu même des douanes néo-zélandaises, difficile à établir. C'est un constat réglementaire, pas un conseil : cette page ne dit ni où, ni comment, ni sous quelle forme, et il n'y a rien à en tirer d'opérationnel.

Et « non classé » ne signifie pas « légal ». En droit français, une substance destinée à modifier une fonction physiologique par une action pharmacologique est un médicament par fonction. En vendre sans autorisation relève de l'exercice illégal de la pharmacie et de la mise sur le marché d'un médicament non autorisé — indépendamment de toute question de stupéfiants.

Ce que ça change si vous êtes concerné

C'est ici que le sujet cesse d'être une curiosité juridique. Le risque principal du rilmazafone, pour un patient, n'est pas d'être plus puissant qu'une autre benzodiazépine — rien ne l'indique. Il est d'être invisible aux endroits mêmes où l'on cherche.

Il y a un dernier détail à connaître : les métabolites actifs du rilmazafone sont de courte durée de vie, de l'ordre de quelques heures pour la plupart. Une demi-vie courte n'est pas une bonne nouvelle en sevrage — c'est ce qui produit les symptômes inter-doses et rend la décroissance plus rude. C'est la raison pour laquelle la méthode Ashton recommande, pour les benzodiazépines à action courte, un relais vers une molécule à action longue avant de commencer à réduire.

Ce qui est établi et ce qui ne l'est pas

En pratique

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Sources